Chartbeat propose d'utiliser l'attention accordée par les internautes aux articles comme indicateur éditorial et commercial.

Chartbeat propose d'utiliser l'attention accordée par les internautes aux articles comme indicateur éditorial et commercial.

La course à l’audience à tout prix conduit à des dérives éditoriales, sur le web comme ailleurs. Depuis l’origine du web, pour les sites qui font appel à la publicité, c’est l’audience mesurée en terme de visiteurs uniques ou de pages vues qui sert de juge de paix. C’est elle qui détermine les tarifs (en diminution constante) des principaux formats de publicité en ligne.

Conséquence: aujourd’hui les éditeurs cherchent à s’extraire de ce piège mortel en « inventant » de nouveaux formats publicitaires. On parle pudiquement d’"opérations spéciales", de "native advertising", de "brand content", autant de mots qui décrivent du contenu éditorial produit pour le compte des annonceurs voire l’ancien publireportage agrémenté d’un pseudo-vernis de modernité numérique. Cette tendance ne fait qu’exprimer la fragilité économique des médias et la prépondérance de la dimension commerciale qui vient troubler les frontières entre contenus journalistiques et publicitaires.

Pour ne pas tomber de Charybde en Scylla, une suggestion arrive des Etats-Unis. Elle est proposée par Tony Haile, le créateur de Chartbeat et développée dans un long article de la Columbia Journalism Review. Et, c’est un paradoxe. En effet, l’homme a inventé Chartbeat, l’outil de mesure en temps réel de de la fréquentation d’un site. Chartbeat équipe de nombreuses rédactions à travers la planète et son écran exerce souvent une fascination maladive. Et Tony Haile est bien conscient de cette situation. Lui, l’ancien explorateur des zones polaires, le féru d’histoire (y compris l’histoire de France) propose donc aujourd’hui de ne plus mesurer les pages vues mais d’évaluer l’attention accordée par les internautes à tel ou tel article.

La mesure de l’attention par Chartbeat est désormais certifiée aux Etats-Unis par le Media Rating Council. Chartbeat est ainsi la première entreprise agréée officiellement pour mesurer l’attention. Des sites comme Médium, Upworthy, The Financial Times ont commencé à commercialiser de la publicité en utilisant l’attention comme indicateur. La BBC également prend en compte les données Chartbeat sur l’attention pour piloter sa production éditoriale.

Même si la mesure de l’attention est loin d’être le Graal des médias en ligne, de l’avis même de Tony Haile, elle pourrait sans doute redonner un coup de fouet au journalisme de qualité. Chartbeat a en effet constaté que l’attention consacrée ces dernières semaines à la robe dont la couleur faisait débat en ligne (était-elle bleue, blanche ou autre?) n’était que 2,5 fois supérieure à celle consacrée au débat aride et technique sur la neutralité du Net aux Etats-Unis. Pourtant, en terme de pages vues, les articles consacrés à la robe figurent à des années -lumière devant l’avenir des communications numériques.