Richard Gutjahr prend la pose pour son blog. Crédit photo : Mathias VietmeierJulien Kostrèche | Médiacademie

Richard Gutjahr prend la pose pour son blog. Crédit photo : Mathias Vietmeier

Il y a 5 ans Richard Gutjahr est journaliste pour la station bavaroise du groupe audiovisuel public ARD (un peu l’équivalent de France 3 chez nous) et présente le journal télé. « J’avais l’impression que notre audience évoluait plus vite que nous. Alors quand j’apprends qu’Apple est sur le point de lancer l’iPad, je me demande si cela va permettre de ré-inventer le journalisme et je fonce en acheter un ! ». Sa rédaction refuse de lui payer le billet pour New-York ? Qu’à cela ne tienne : Richard autofinance son voyage, crée son propre blog pour couvrir le lancement de l’iPad et invite les internautes à le suivre dans cette aventure. Il est le premier à acquérir la tablette de Steve Jobs, de nombreux journaux racontent son histoire et son blog connaît un certain succès.

Richard ne s'arrête pas là. L’hiver suivant, il part en Egypte couvrir les manifestations qui entraîneront la chute d’Hosni Moubarak. Alors qu’Al Jazeera était la seule source d’information pour la plupart des médias occidentaux, il arrive au Caire, prend des photos, les partage sur Flickr, se met à Twitter et rencontre immédiatement une nouvelle audience. Lorsque les autorités égyptiennes coupent Internet, il lance une opération de crowdfunding pour financer son propre réseau télécom et collecte 5 000 euros de dons via PayPal. De retour en Allemagne, Richard réfléchit à une plateforme qui lui permettrait de financer ses prochains reportages. Lui vient alors une idée simple : « En un clic, accédez à l’info et vous payez plus tard ! Exactement comme au bistrot , vous vous asseyez, on vient vous servir et vous réglez l’addition en partant ».

Le journaliste expérimente le système de micro-paiement LaterPay pour vendre ses articles, développe des pass pour les internautes les plus fidèles (à 5 ou 10 euros), se lance dans les produits dérivés (traductions, cartes postales…), s’essaie au live blogging et teste sans relâche de nouveaux formats… Bilan ? « J’ai analysé les contenus et les achats : je suis arrivé à un taux de conversion de 13%, ce qui n’est pas si mal pour un gars qui n’est pas un businessman ! ». En moyenne chaque article posté sur son blog lui rapporte aujourd’hui 105 euros. 5 ans plus tôt, bloguer de lui rapportait rien. Richard travaille toujours pour la télé (36% de son temps), mais son vaisseau mère est devenu le blog (16% de son temps) et alimente tout le reste (formations, workshops…). Alors ne lui parlez surtout pas de paywall pour sauver le journalisme ! «La paywall, c’est un mur qui vous fait sentir à l’abri, qui vous protège et vous garde au chaud mais vous exclut de facto de l’innovation ! »

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