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Franco Bouly via Flickr.com

Depuis plusieurs mois, Facebook est en discussion avec une demi-douzaine d’éditeurs de presse, pour héberger directement leurs contenus. Le New York Times, BuzzFeed, National Geographic notamment, seraient concernés. Le mastodonte social invoque l’amélioration de l’expérience utilisateurs pour justifier cette évolution : il s’agirait d’accélérer l’accès aux contenus, en épargnant le chargement d’une page de navigateur. Une étape chronophage et donc dissuasive, en particulier pour les mobinautes, de plus en plus nombreux dans le monde.

Pour convaincre les éditeurs, Facebook leur promet une plus grande part du gâteau publicitaire, et donc des revenus accrus. Une proposition probablement alléchante à court terme (on ne connaît pas les termes des négociations engagées), mais qui présente de nombreux risques, à moyen et long terme. D’abord, ce partenariat implique que les éditeurs de contenus renoncent à maîtriser la vente de leurs espaces publicitaires. Ensuite, qu’ils acceptent de perdre l’accès aux données de leurs clients, indispensables à la mise en place de toute stratégie commerciale, du recrutement à la fidélisation. Enfin, ce partenariat suppose que les éditeurs acceptent la fin de l’exclusivité de l’exploitation de leurs contenus, ce qui peut mettre en péril leur fragile modèle payant (comme au New York Times).

Autant de renoncements qui contribuent à détruire à petit feu les marques média - elles-mêmes déjà sérieusement entamées par la perte du contrôle de la distribution numérique - préemptée largement par les GAFA : Google, Amazon Facebook et Apple.

Mais tout le monde ne partage pas cette crainte et certains voient au contraire dans la proposition de Facebook une opportunité pour les médias de toucher le public, là où il se trouve. Et d’externaliser vers le réseau américain les contenus les plus adaptés par essence, car naturellement viraux : insolites, buzz, people… Une sorte de diversification de leur diffusion, pour améliorer leurs revenus.

Quoi qu’il en soit, la situation n’est pas sans rappeler celle des Gaulois du premier siècle avant J.C. face à l’impérialisme romain et les ambitions de César. Les tribus celtes, trop préoccupées par leurs querelles internes, ont tardé à s’unir contre l’envahisseur romain, quand elles n’ont pas pactisé avec lui pour combattre leur voisin. Avec le résultat qu’on sait.

L’Histoire nous dira un jour si les éditeurs connaîtront le même sort que les Gaulois romanisés, et passeront définitivement sous le joug Facebook - la culture et la liberté en moins.