New cooking showJames Vaughan - cc by sa 2.0

A l'occasion du dernier World Editor Forum organisé à Washington du 1er au 3 juin, la WAN-IFRA a publié son dernier rapport - gratuit pour les membres de l'association, payant pour les autres - portant sur les tendances à la manoeuvre au coeur des rédactions en 2015. Petit panorama en neuf points.

  • Le newsgame et la réalité virtuelle ont plutôt la cote

Chacun sait les critiques courantes autour de la notion de "gamification" : le risque, avec le jeu, c'est de dé-réaliser les enjeux, les souffrances, ou les situations. Et pourtant, force est de constater que nombre de rédactions s'approprient progressivement ces narrations (et les outils les rendant possible) pour tenter d'entretenir la conversation avec leurs lecteurs. Ou d'attirer le chaland. Exemple avec Pirate Fishing, publié par Al-Jazeera, qui lui a permis d'élargir son audience en proposant ce format au long cours.

  • Difficile de protéger ses sources à l'heure de la surveillance globale

Retour aux fondamentaux pour les journalistes, précise le rapport. Quand les Etats surveillent à tout-va, ce sont les bonnes vieilles recettes (et elles seulement) qui peuvent permettre de garantir le secret des sources. Mieux vaut se voir en tête-à-tête pour rester discret. Et maîtriser le risque.

  • Le robot rédacteur est bel et bien là

On pense, là aussi, ce qu'on veut, mais la génération automatique de texte se propage dans nombre de grandes rédactions. En France, et pour sortir des nombreux exemples anglo-saxons (AP, LA Times...), il y a eu la couverture, par Le Monde, des élections cantonales dans plus de 34 000 communes par les robots rédacteurs de Syllabs. Au passage, le journalisme a "changé d'échelle" : en volume, en granularité, en synchronisation dans la collaboration hommes/machines.

A mesure que l'automatisation progresse (et que l'algo conquiert des territoires en faisant parler des bases de données), c'est toute la mécanique éditoriale qui continue d'être chamboulée.

  • Le syndrome post-Charlie

Naturellement, comment ne pas penser aux risques encourus par les journalistes dans l'exercice de leur profession? A fortiori quand on sait que, dans bien des situations et sur bien des terrains, les journalistes sont devenus des cibles. Non des observateurs.

Au-delà, l'attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo nous ont rappelé toutes les questions éthiques et pratiques que pose la déferlante d'images et de vidéos circulant sur les réseaux sociaux lors d’évènements tragiques.

  • La révolution par le podcast

L'immense succès du podcast Serial n'a fait que rappeler la puissance de l'écoute individuelle en différé (sur mobile en particulier). A contrario, on assiste à un phénomène fascinant avec la floraison d'évènements réunissant dans des auditoriums, des théâtres voire des églises des auditeurs venus communier dans l'écoute d'une oeuvre, d'un live, d'un programme particulier.

  • Le (t)chat et l'info

Si la conversation en ligne (et le blabla, diront certains) a envahi le monde, les applications de (t)chats et les réseaux sociaux sont devenus de nouveaux canaux de diffusion. A la BBC, en particulier, puisque la vénérable Beeb a testé la mise en place d'une "Life Line" sur Viber ou suivi des échéances électorales en Inde via WhatsApp .

  • La métamorphose des statistiques

Focalisé sur les rédactions anglo-saxonnes, le rapport revient sur la question de l'accessibilité des données et statistiques de lecture des articles par les lecteurs. Si l'on veut comprendre et partager un horizon, il faut mettre en place des outils permettant aux équipes d'y voir plus clair.

Et le rapport de mentionner le logiciel Ophan, fabriqué maison par le Guardian, permettant de s'émanciper des Chartbeat et autres Parsely pour entrer dans le détail des données... portant notamment sur l'engagement des lecteurs.

  • De la persistance des inégalités hommes/femmes

En l'espèce, le rapport dénonce deux choses : si les journalistes restent majoritairement des hommes (a fortiori en haut de l'échelle hiérarchique) en dépit de politiques parfois volontaristes au sein de grandes rédactions (comme chez Bloomberg), un autre phénomène se renforce : la "cyber-misogynie" à l'endroit des femmes journalistes (en particulier sur Twitter où ces dernières sont, selon une étude, trois fois plus exposée que leurs confrères de sexe masculin aux abus).

  • L'agilité des petites rédactions est une force

Last but not least, comme on ne dit pas en français, les auteurs de cette étude de la WAN-IFRA soulignent que nombre d'initiatives les plus innovantes sont, contrairement aux idées reçues, plutôt le fait de petites organisations que de gros paquebots rédactions. Deux exemples en particulier : qu'il s'agisse de The Desmoines Register aux Etats-Unis ou de VietnamPlus en Asie, les nouveaux formats sont aujourd'hui, peu ou prou, accessibles à tous.

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