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Philippe Couve | MédiacademieSi l’enquête internationale #PanamaPapers est sans doute la plus longue, la plus complexe et la plus internationale de toutes les investigations menées par des journalistes, elle le doit bien entendu à l’expérience acquise lors des précédents « leaks » (des premières révélations de Wikileaks de Julian Assange aux Luxleaks qui ont révélé la politique fiscale très arrangeante du Luxembourg).

Mais si l’on prend un peu de recul, cette opération journalistique d’une ampleur et d’une ambition inédite plonge sans doute ses racines un peu plus loin, dans les coups portés aux rédactions depuis une bonne quinzaine d’années.

Depuis le décrochage des tarifs de la pub et une audience payante en baisse (sans compter l’effondrement du marché des petites annonces pour la presse), les médias d’information réduisent leurs effectifs. C’est vrai en France; c’est vrai en Europe; c’est vrai sur le continent américain. L’attrition des effectifs est même mesurée dans l’Hexagone par la commission de la carte de presse, sans même parler de la précarité qui est bien le seul indicateur en croissance.

Dans ce contexte, ce sont bien souvent les bureaux à l’étranger (coûteux en argent) et les velléités d’enquête ou d’investigation (coûteuses en temps) qui ont subi les premiers coups de rabot et souvent les plus radicaux. Du coup, les rédactions s’étiolent, s’affaiblissent et doutent d’elles-mêmes.

Dans ce contexte, aucune équipe qui se retrouve en possession de quelques teraoctets de données potentiellement explosives ne se sent à la hauteur pour en exploiter tout le potentiel. L’alliance avec d’autres s’impose là où j’ai encore entendu, il n’y a pas si longtemps, cette formule définitive: « les scoops, ça ne se partage pas ».

Les temps ont changé. Les scoops se partagent désormais. Non par altruisme, mais par souci d’efficacité. 370 journalistes de 108 médias différents ont travaillé ensemble. Je crois vraiment que c’est une bonne nouvelle.

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