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L’éducation aux médias passe par l’éducation au design. Car dans la bataille de l’attention, la façon dont un site est conçu peut jouer autant, et de façon plus insidieuse, que son contenu.

C’est ce que vient de rappeler, dans un article passionnantTristan Harris, ex-”designer de l’éthique” (ça existe) chez Google.“De plus en plus, la technologie exploite les faiblesses psychologiques, sociales et cognitives des gens, à la manière des magiciens qui cherchent à exploiter les vulnérabilités de la perception de leur public”, résume le blog InternetActu, qui a relayé l’article en France.

Tristan Harris liste une série de tours de passe-passe destinés à accaparer notre “temps de cerveau disponible” :

  • Illusion du choix - Personnalisation, mon oeil ! La liste des options proposées par un site n’est pas toujours adaptée à nos besoins. Elle peut, selon les objectifs du concepteur, restreindre volontairement nos choix ou tenter d’en susciter de nouveaux.
  • Dépendance - Inspirées des machines à sous, le “design de la dépendance” nourri notre addiction à coups de récompenses savamment distribuées (random rewards). Vais-je avoir un match sur Tinder? Tristan Harris milite pour un contrôle accru sur le rythme et le volume de ces notifications qui font de nos téléphones des casinos de poche et de nous des accros au jeu.
  • Peur de manquer - Notre peur de manquer (Fomo, Fear of missing out) se nourrit du fantasme de l’hyperconnectivité. Au lieu d’exploiter nos craintes - dérisoires - de “passer à côté” d’une conversation ou de la dernière vidéo virale, les designers feraient mieux de nous aider à nous concentrer sur l'essentiel.
  • Soif de reconnaissance - Le besoin d’être approuvé, reconnu par nos pairs figure tout en haut de la pyramide des besoins. Le like de Facebook en est peut-être l'exploitation la plus caricaturale. Tirer sur cette corde sensible pose de sérieuses questions d’éthique, notamment lorsque cela concerne les mineurs.
  • Nécessaire réciprocité -  "J’ai recommandé ton profil LinkedIn, j’attends la même chose en retour..." Une forme de politesse aux airs de prison affective ou sociale.

Tristan Harris cite encore d’autres techniques, comme "l'interruption instantanée", par exemple lorsque Facebook indique à l’expéditeur que vous avez “vu” son message pour mieux vous forcer à y répondre dans la minute.

L'article s'accompagne d'un manifeste. Le designer appelle à la prise de conscience du public et à la responsabilité des concepteurs. Comme les journalistes, les designers doivent obéir à une éthique, défendre leur indépendance. Respecter l’utilisateur, c’est faire preuve d'empathie, c’est jouer la transparence, l’explication. Ce sont des interfaces qui nous aident à bien employer notre temps, ce bien précieux, au lieu d’essayer de nous le voler. Un vrai choix, qui peut d’ailleurs se révéler payant sur le plan économique.

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