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Julien Le Bot

Journaliste & réalisateur pour ARTE/Premières lignes. Ex-Producteur de @Atelier_medias sur @RFI. Consultant (#MediaDev pour @CFImédias). Branché #transmédia, #newsapps & #longformat.
Quand Vox réécrit pour mieux republierYann Gar (CC BY-SA 2.0)

 

Il n’est pas forcément nécessaire de recourir au summum des nouvelles technologies pour faire du "neuf" avec du "vieux" - ou, pour le dire autrement, valoriser utilement ses archives. Et c’est encore une fois du côté du site Vox, un site d’informations né aux Etats-Unis en avril 2014, que l’on s’est amusé à tester de nouvelles hypothèses, pour mieux comprendre les (nouveaux) usages.

L’idée est simple : comme s’en expliquait, le 15 janvier dernier, Matthew Iglesias, journaliste à Vox, il est important d’optimiser les investissements qu’une rédaction réalise en matière de contenus, mais aussi de codes. Si la promesse éditoriale de Vox repose avant tout sur la constitution de dossiers et de ressources lentement accumulées autour d’histoires (ou de thèmes) qui font l’actualité, il faut savoir s’adapter aux périodes de “faible intensité” (journalistique) et contourner la tyrannie du flux.

La rédaction a donc tenté une expérience toute simple : sur cinq jours, à la mi-décembre 2014, les journalistes ont été invités à reprendre certains de leurs articles (froids) produits et publiés au cours des derniers mois sur Vox pour mieux les enrichir et les rediffuser. Il ne s’agissait pas seulement de les actualiser, mais bien de les repenser. De les re-titrer, de les ré-organiser. Certains s’en sont trouvés métamorphosés, d’autres ont conservé peu ou prou leur apparence initiale. Mais sur la base de 88 articles retouchés puis republiés (sur le site et sur la page Facebook), la rédaction a su attirer à elle près d’un demi-million de visiteurs.

Une prouesse doublée d’une belle pirouette. Il est même amusant de constater que d’aucuns ont parfois partagé par deux fois, avec un enthousiasme renouvelé, le “même article”. Comme si, au moment de la (re)lecture d’un papier réécrit, ils y avaient trouvé une nouvelle histoire ou, à tout le moins, une valeur ajoutée (méritant d’être partagée).

Bien entendu, pour que ce genre d’expérimentation fonctionne, il faut des histoires froides et/ou des dossiers thématiques au long cours (les Américains appellent ces articles des Evergreen stories”), comme on peut en trouver pendant des vacances d’été, des jours fériés en mai ou des fêtes de fin d’année. Et prendre le temps de se ré-interroger sur son article : qu’est-ce qui, à un moment donné, justifie une forme de ré-écriture permettant de renouveler l’intérêt d’un lecteur qui ne l’avait peut-être pas lu ou, tout simplement, l’interprète autrement ? Comment coller au moment (de la lecture) avec un article simplement actualisé, revu et amendé ? Comment, finalement, l’améliorer pour en renforcer la proposition de valeur ?

L’agilité numérique repose notamment sur des nouvelles façons de concevoir la temporalité (ou le cycle de vie) des informations (ou des “contenus”) sur la Toile. Vox semble proposer une voie moyenne et efficace : il n’est pas inutile de re-diffuser certains articles si l’on prend soin de les augmenter. L’information est aussi affaire de moment.

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