Au Canada comme ailleurs, les élections nationales (fédérales, en l'occurrence) permettent souvent aux médias de tester de nouvelles façons d'informer utilement leurs lecteurs qui, faut-il le rappeler, sont déjà bombardés par des flux de messages en tout genre. L'adage "news you can use" est d'ailleurs plus que jamais nécessaire : si l'on passe par une nouvelle plateforme, il faut développer une approche spécifique pertinente.  

Comme bien d'autres médias internationaux (la BBC qui fait figure de pionnière, avec son crowdsourcing organisé via son dispositif "Have your say"), le Globe and Mail canadien a profité des élections du 19 octobre dernier pour mettre en place un flux spécifique d'informations. Si les retours sont globalement positifs, il est utile de revenir sur quelques unes des leçons de cette expérimentation à ciel ouvert.

Ce qui marche :

  1. Même s'il y a eu peu de promotion de cette initiative, 1 700 lecteurs ont utilisé ce canal de diffusion pour se tenir informés. Les internautes ont tenu à remercier l'équipe, faisant part de leur envie de voir ce service élargi à d'autres évènements en raison de la facilité d'usage, du côté personnalisé et des actualisations régulières permettant de vivre "pleinement" cette élection.
  2. Contrairement à Twitter (ou c'est le déluge de tweets) ou Facebook (où l'algorithme distribue l'info comme il l'entend), l'équipe en charge de l'animation des réseaux sociaux sait que 100% des messages envoyés sont... reçus. Et donc, au moins, vus.
  3. L'interaction permanente avec l'audience a permis de sentir tout de suite ce qu'il fallait fournir : éviter les liens et les invitations à aller "en-dehors" de WhatsApp", mais bien plutôt proposer des graphiques, des statistiques et des infos directement "lisibles" sur et pensés pour l'application de chat. Idem : plutôt des "listicles" (liste de petits paragraphes), des points clés ou des infos résumées, que des paragraphes ou des tribunes.

En revanche, il n'est pas idiot non plus de faire le point sur les limites de l'exercice.

Les limites de l'exercice : 

  1. En terme de gestion, c'est tout sauf intuitif. Le compte WhatsApp dépend d'un smartphone. Ce qui implique de jongler, au sein de l'équipe, avec le mobile concerné. Et la diffusion par liste de contacts (limitée à 256 par liste) rend parfois fastidieuse l'envoi des informations.
  2. Idem côté gestion des interactions (sur les 78 jours de campagne) : dès lors qu'un utilisateur souhaitait être désabonné, l'équipe devait fouiller dans les listes pour identifier la liste concernée.
  3. La complexité de cette gestion ne permet pas réellement de jouer sur l'interaction. Le soir des résultats, l'équipe n'a pas pu couvrir, comme elle le souhaitait, l'élection ("en temps réel", si cette expression a un sens). Par ailleurs, les utilisateurs eux-mêmes, qui ne sont pas toujours très à l'aise avec WhatsApp, semblent s'être emmêlés les pinceaux entre textos, messages, voir appels.
  4. Enfin, une faiblesse facilement identifiable : l'équipe, au final, ne dispose pas de données précises... sur les usages des utilisateurs.

Autrement dit, WhatsApp, comme de nombreuses plateformes, reste utile et surtout très intéressante pour appréhender les façons dont cette interaction avec le lecteur reste possible et souhaitable pour les rédactions. Mais ce genre d'approche innovante reposant encore sur une sorte de "détournement" de plateformes sociales, il faut rester prudent, itératif et pragmatique.

N.B. En France, Libération a testé Whatsapp à l'occasion des élections régionales. Bilan à venir dans les prochains jours.

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