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Julien Le Bot

Journaliste & réalisateur pour ARTE/Premières lignes. Ex-Producteur de @Atelier_medias sur @RFI. Consultant (#MediaDev pour @CFImédias). Branché #transmédia, #newsapps & #longformat.


A force d’entendre que Facebook (et ses algorithmes) bouscule(nt) les hiérarchies et les habitudes en matière d’accès à l’information, on finit par se dire que c’est sans doute vrai. A la limite, intuitivement, on s’en doutait, quand bien même Mark Zuckerberg passe son temps à dire que son réseau social n’est pas un “éditeur”. Il restait donc à le prouver.

C’est ce qu’a proposé de faire une petite enquête plutôt concluante, intitulée “Facebook, un mois dans la machine à infos”. Orchestrée par deux journalistes de Libération, Baptiste Bouthier et Jérôme Lefilliâtre, et mise en musique en partenariat avec une start-up travaillant sur l’e-réputation et l’analyse du “web social”, Linkfluence, les enquêteurs ont suivi pendant deux mois une cinquantaine de pages sur Facebook. Des pages très suivies se présentant “comme des médias”. Autrement dit, les journalistes ont voulu comparer, sur une même période, les “performances” de pages n’ayant a priori pas exactement les mêmes audiences, mais surtout, pas les mêmes ambitions.

50 pages sur le banc d’essai

Les pages Facebook de médias “classiques” comme Ouest France, Le Monde ou encore Médiapart ont donc été confrontées aux pages de médias “alternatifs” de tous bords : droite de la droite avec FdeSouche ou encore Boulevard Voltaire, mais aussi la chaîne “Osons causer”, Brut ou encore des médias revendiquant une identité religieuse.

Le résultat est édifiant : les médias qui ont le plus d’abonnés ne sont pas ceux qui sont les plus “lus” ou les plus “vus”... Ce sont deux vidéos des youtubeurs d’Osons causer qui sont en tête des posts les plus vus par les internautes français (“au moins 20 millions de personnes ont été exposées à ces contenus”, écrivent les journalistes) ! Loin devant les contenus proposés par les médias “traditionnels”.  

Autre évidence pour qui flâne quotidiennement sur Facebook, confirmée par cette enquête : “la viralité semble favorisée par la nature engagée, polémique, dénonciatrice, partisane ou militante des publications.” Autrement dit : “L’exigence de neutralité et d’équilibre, normalement à la base des pratiques journalistiques des médias classiques, paraît être à leur désavantage sur la plateforme”. A l’heure où les algorithmes distribuent les contenus et les infos au plus grand nombre, le clash a pris l’ascendant sur la pondération. Pas sûr qu’il faille s’en réjouir pour nourrir la délibération publique.  

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