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Nous sommes un groupe de journalistes qui aimons travailler avec les nouveaux outils et les réseaux depuis des années. Nous partageons notre expérience et notre expertise lors de formations, de missions de conseil ou à l'occasion de conférences.

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Comme l'explique Candy Gourlay sur l'un de ses blogs, dans les années 80, il n'y avait pas internet, pas de réseaux sociaux sous une forme numérique ni possibilité d'échanger facilement entre plusieurs personnes réparties sur le globe.

Pourtant, la façon de travailler à cette époque n’était pas si différente d’aujourd’hui, et les qualités d’un journaliste “d’hier” sont même encore plus importantes dans le contexte actuel.

1. Le bon journalisme ? Publier au bon moment. (“Timing is everything”)

Par bon moment, n’entendez pas celui décidé arbitrairement pour remplir une page. Non, elle parle ici du moment où vous avez une info validée, pertinente pour votre lectorat. À partir de là, il ne sert à rien d'attendre.

Elle prend en exemple, l'assassinat de Kennedy via un lien vers The Atlantic qui explique comment AP a grillé tous ses concurrents.

Allez voir les télex dictés au téléphone par James Altgens, qui fut le premier journaliste - et photographe - sur place à appeler son desk pour donner des infos. Au compte-gouttes. En moins de 140 signes.

Les télex envoyés par AP lors de l'assassinat de Kennedy n'ont rien à envier à twitter...

Les télex envoyés par AP lors de l'assassinat de Kennedy n'ont rien à envier à twitter...

A voir : la galerie photos de The Atlantic qui reprend les 28 télex d'AP.

2. Ne baclez pas votre titraille (“Don’t bury your lead”)

Le titre, le chapô, le premier paragraphe. Dans les années 80 et 90, il fallait absolument y placer les 5W (qui où, quoi, quand, pourquoi) puisque la taille de votre article ne dépendait pas de votre volonté, mais de la place disponible dans la page.

Parfois, un article était radicalement coupé, et si vous vouliez être sûr que le lecteur ne manque pas l'info, alors il était préférable de l'avoir donnée dès les premières lignes du texte.

Aujourd'hui, le manque de place peut toujours arriver sur le papier, mais sur le web ce n’est plus un problème.

Pourtant, ne baclez toujours pas votre titraille : remplacez les coupes sévères du secrétaire de rédaction par l'attention de votre lecteur, souvent légère en ligne. Quand vous traitez d'actualité chaude, soyez direct, rapide, et adoptez sans sourciller la pyramide inversée.

3. Pourquoi lire ce papier plus qu’un autre ? ("So what ?")

Si le premier paragraphe donne l'information, le second donne la raison pour laquelle il est intéressant de le lire. Candy parle en anglais de Nut graph. Il s'agit du paragraphe qui remet l'info dans le contexte.

Une pratique pas si éloignée de celle des bons twittos. Plus que l'info brute, les bons tweets sont ceux qui donnent envie de cliquer sur le lien grâce à une petite mise en perspective de l’info.

- Explication plus complète sur le Nut graph à lire sur Poynter.

4. Quel est votre angle ? (“What’s your angle ?”)

Avec plus ou moins de rigueur, simplement "reporter" ce que vous voyez est accessible à tout témoin équipé de smartphones et autres appareils numériques. Regardez les photos envoyées par les lecteurs au Télégramme lors des tempêtes de janvier et février.

Elles ne sont ni meilleures - ni beaucoup plus mauvaises - que celles de photographes professionnels. Mais surtout elles montrent les faits.

Dans ce cas le travail de la rédaction est bien de trouver un angle, angle qui devrait amener les lecteurs à venir vous lire plus que le confrère concurrent.

5. Trouver - ou créer - le scoop (“What’s the scoop ?”)

Historiquement, la définition du scoop réside dans le fait de sortir une information en premier. Aujourd’hui, vous pouvez toujours courir après cet objectif - mais la rapidité de diffusion fait que le scoop a une durée de vie extrêmement faible, sauf grande affaire type Hollande / Closer ; Cahuzac / Mediapart ; etc.

Aujourd’hui, hors grande affaire donc, un scoop réside plus dans votre capacité à trouver les signaux faibles sur les réseaux, à réaliser les connexions entre plusieurs sources et à finir par sortir l’info avec le format et l’angle qui donnent envie aux gens de la partager.

6. De l’importance des gens (“People matter” écrit Candy)

Le people, ça marche, et ce n’est pas neuf. Life, le grand magazine US, a toujours accordé une grande importance à la vie des célébrités. Pour autant, cela n’en faisait pas une mauvaise publication.

Aujourd’hui, plus simplement, citez vos sources et liez leurs profils, blogs, sites. Mentionnez-les sur les réseaux sociaux, et faites-le qu’il s’agisse d’une personnalité connue ou d’un modeste citoyen. Nous avons tous nos propres réseaux, parfois limités à la famille, parfois bien plus vastes.

7. Le format de l’article a un but (“Form has a function”)

Finalement, les règles d’édition d’un article sont les mêmes en ligne que sur papier - avec quelques ajouts. Mais dans l’idée

. faites des listes

. préférez de courts paragraphes

. donnez l’info tout de suite - acceptez que le lecteur ne lise pas tout

. créez des intertitres, mettez du gras, aérer

Et sur le net, ajoutez-y une pincée de liens savamment choisis, une vidéo qui illustre correctement le sujet, une infographie qui l’explique, etc.

8. Rien ne vaudra votre prochain article (“You’re only as good as your next story”)

Un jour, vous êtes le roi / reine de la rédaction : votre article est en Une. Et puis, le lendemain, c’est un autre papier. Et vous êtes oublié.

Même supplice en ligne : tant que vous maintenez le flux, vous existez. Si vous n’apportez plus d’informations intéressantes, alors vous disparaissez peu à peu des radars.

Source : le billet de Candy Gourlay, à la source de cet article.

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